
Nous sommes tout à fait persuadés que les si fantastiques
chaos rocheux de la forêt de Fontainebleau attestent l'existence ancienne, dans tout le massif sylvestre, d'un très important
centre magique et religieux : comme sur l'extraordinaire plateau andin de Marcahuasi
[Note de l'auteur : La Culture Masma, par Daniel Ruzo, Paris (Geuthner), 1956 et 1959 (deux tirages à part de la revue Ethnographie).], tous ces rochers aux formes bien étranges et qui sont toujours disposés selon des arrangements voulus, semblent bel et bien avoir été utilisés à l'époque protohistorique par une population inconnue qui y célébrait des mystères rituels en liaison directe avec la marche périodique des rayons du
soleil et de la lune
[Note de l'auteur : Les civilisations inconnues, par Serge Hutin, Paris (Arthème Fayard), 1961, pp 202-203.].
Certes, le simple
jeu automatique de l'érosion permet au géologue de nous expliquer les formes tant fantastiques de maints blocs rocheux ; nous n'en disconvenons pas. Mais devant une telle accumulation (le coïncidences dans les formes animales, humaines, etc., on est bien obligé estimons-nous d'admettre que la main de l'homme s'est ingéniée à parfaire ces fantaisies naturelles (d'une part en accentuant encore les formes si étranges des rochers de grès, de l'autre en déplaçant nombre d'entre eux pour former des ensembles orientés désormais selon certaines règles traditionnelles).
Un tel arrangement systématique (le tout le site de Fontainebleau doit être placé à une époque suffisamment reculée (dix millénaires ou plus ?...) pour expliquer l'aspect actuel des blocs rocheux, sur lesquels l'érosion postérieure semble s'être à loisir exercée durant fort longtemps. De plus, il est un fait significatif, qui confirme notre conviction : sous toute la surface de la forêt, et toujours en liaison étroite avec les divers chaos, court un très complexe dédale de galeries souterraines qui ne peuvent avoir été creusées que de main d'homme. Chose étrange, les archéologues locaux, qui connaissent pourtant très bien ce fait, n'ont pas encore du moins à notre connaissance tenté l'étude sérieuse de toutes ces galeries énigmatiques, que l'on pourrait comparer à
celles de Naours, dans l'Oise.
Tous les promeneurs parisiens du dimanche connaissent fort bien la caverne d'Augas, la plus grande de toute la forêt. Elle a, hélas, été de plus en plus envahie par le sable amené par les
eaux de ruissellement, et l'accès en est devenu maintenant très difficile. Pourtant, nous sommes persuadés que l'exploration archéologique de cette caverne réserverait bien des surprises : si, comme il est plus que probable, les grottes et cavernes de la
sylve bellifontaine complétaient, indiscutablement, le vaste ensemble rituel constitué par les
chaos, la plus grande d'entre elles ne pouvait que jouer un rôle central dans les mystères célébrés autrefois dans la prodigieuse forêt d'Ile-de-France.
Avant la seconde guerre mondiale, quand l'ensablement n'avait pas pris des proportions catastrophiques, les visiteurs pouvaient encore voir, à l'intérieur de la caverne d'Augas, deux grands rochers, le
crocodile et le
crapaud, ainsi nommés (de manière fort juste) d'après leur forme. Tout concorderait à faire de ces deux blocs des sculptures sacrées le roc ayant été agencé sur le sol de la caverne selon la forme de deux "idoles", particulièrement importantes, du panthéon propre aux mystérieux hommes préhistoriques ayant agencé jadis tout l'ensemble rituel des grès de Fontainebleau. Notre ami Georges Gheorgiu, qui eut le privilège de passer toute son enfance dans la région bellifontaine, se souvient très bien d'avoir exploré, seul ou avec ses petits camarades, de petites galeries souterraines qui, à cette époque, étaient encore accessibles en partant de la caverne d'Augas. Mais il s'agissait là de passages extrêmement étroits, très difficiles d'accès, même au prix de longues et bien hasardeuses reptations. L'un des jeunes amis de Gheorgiu eut même un
jour la surprise de déboucher, après avoir difficilement franchi un inextricable
labyrinthe, dans une grande salle souterraine voûtée, soutenue par des piliers et comportant une sorte d'
autel ; cette découverte devait demeurer, hélas, sans lendemain aucun des
enfants n'ayant pu retrouver, par la suite, l'accès de cette salle, où devait sans nul doute se jouer une partie décisive du rituel initiatique des anciens c hommes de Fontainebleau». Malheureusement, si l'exploration méthodique de la caverne d'Augas nous livrerait sans doute la
clef du prodigieux mystère archéologique (encore méconnu des savants officiels) de la forêt de Fontainebleau, les fouilles y seraient longues et fort coûteuses : avant toute possibilité de découverte, il faudrait patiemment déblayer tout le sable et le volume en est aujourd'hui énorme ayant fini par envahir la presque totalité de la caverne.