
Aleister Crowley est quelque peu connu comme poète en Grande-Bretagne, il l'est beaucoup plus comme magicien. Pour l'opinion courante, il fut un magicien noir, un dangereux aventurier de l'
occulte, voire un adorateur du démon. Et Crowley lui-même a toujours insisté sur un point : la discipline qu'il enseignait, qu'il pratiquait, c'était la Magie ; il employait alors souvent une graphie archaïque :
magick au lieu de magie.
Cependant, il ne semble guère s'être occupé de ce qu'on appelle vulgairement magie. Selon lui, la magie n'était pas un ensemble de recettes et de pratiques, plus ou moins étranges, ridicules ou sinistres, c'était essentiellement une, ou plutôt, LA méthode de "réalisation spirituelle" (
attainment).
C'est ainsi qu'il déclare : «
Je me suis consciemment voué au Grand uvre, entendant par là l'uvre de devenir un être spirituel, libre des contraintes, des hasards et des déceptions de l'existence matérielle.
Je me suis trouvé en difficulté pour dénommer ma méthode... Théosophie, spiritualisme, occultisme, tous ces termes impliquent des connotations indésirables.
J'ai donc choisi le mot de magie comme étant, par essence, le plus sublime et, à l'heure actuelle, le plus discrédité de tous les termes possibles.
J'ai juré de réhabiliter la magie, de l'identifier à ma carrière propre et d'amener l'humanité à respecter, aimer et croire ce qu'elle a méprisé, haï et craint. » (
Magick, p. xvi).
Bien plus la magie utilitaire, visant les pouvoirs, il la condamnait formellement. Son petit poème
Le Sorcier précise sa position.
« Un sorcier, par la puissance de sa magie, a soumis.
Toute chose a son propre joug...
Dans un système complet de dix millions de fois, dix millions de sphères sur les vingt-deux millions de plans, il satisfait ses désirs.
[Note de l'auteur : Dix et vingt-deux sont des allusions aux dix Séphiroth et aux vingt-deux canaux de la Qabale, c'est-à-dire aux lettres hébraïques.]